La dose moyenne reçue par un Français a augmenté de 58 % en cinq ans. Personne n'a été plus exposé.

L'Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection a publié début octobre son bilan de l'exposition de la population française aux rayonnements ionisants sur la période 2020 à 2024. La dose moyenne par habitant y est estimée à 7,1 mSv par an, contre environ 4,5 mSv sur la période précédente.

Une hausse de 2,6 mSv, soit près de 58 %. Et aucun événement, aucune installation, aucune pratique nouvelle derrière ce chiffre.

Ce qui a changé, c'est le coefficient

L'essentiel de l'écart vient du radon, ce gaz radioactif naturel issu de la désintégration de l'uranium présent dans les sols, qui s'accumule dans les bâtiments. Sa contribution passe de 1,5 à 3,9 mSv par an.

Les Français n'en respirent pas davantage. C'est le coefficient de dose appliqué au radon qui a été révisé, à la suite de nouvelles études épidémiologiques. Autrement dit, la même exposition physique est désormais convertie en une dose plus élevée, parce qu'on estime mieux ses effets.

C'est une distinction qui paraît technique et qui ne l'est pas. Elle sépare une hausse du risque réel d'une amélioration de la mesure. Les deux produisent le même chiffre dans un titre de presse, et appellent des conclusions opposées.

D'où vient la dose

Radon

55 %

3,9 mSv

Imagerie médicale diagnostique

23 %

1,6 mSv

Radionucléides naturels ingérés

9 %

0,65 mSv

Rayonnement tellurique

9 %

—

Rayonnement cosmique

4 %

—

Usages industriels de la radioactivité

moins de 1 %

—

Les doses en millisieverts ne sont indiquées que pour les sources dont l'ASNR publie la valeur. Pour les autres, seule la part est reprise ici.

Deux sources représentent donc plus des trois quarts du total : un gaz du sol et la radiologie médicale. Les deux sont, pour l'essentiel, hors du champ de la filière.

Ce que recouvre le dernier pour cent

La ligne « usages industriels » pèse moins de 1 % de l'exposition moyenne. Elle agrège trois choses de nature très différente : les retombées de l'accident de Tchernobyl, celles des essais atmosphériques d'armes nucléaires, et les rejets des activités nucléaires autorisées.

Ce dernier poste, celui qui correspond au fonctionnement normal des installations, n'est pas isolé dans le bilan. Il est donc inférieur à ce pour cent, sans qu'on puisse dire de combien à partir de cette publication.

La moyenne cache un facteur onze

Le chiffre de 7,1 mSv est une moyenne nationale, et elle décrit mal les situations individuelles. L'ASNR situe le bas de la fourchette à 2,5 mSv par an et le haut à 28 mSv pour une personne cumulant toutes les sources à leur niveau le plus élevé.

Ce qui fait l'écart : la géologie du sous-sol sous le logement, la ventilation du bâtiment, l'altitude, les habitudes alimentaires, et surtout le recours à l'imagerie médicale. Un seul examen scanographique peut représenter plusieurs millisieverts.

L'ASNR met à disposition un calculateur en ligne, EXPOP, qui estime l'exposition individuelle à partir de ces paramètres.

Pourquoi ce bilan compte pour la filière

Parce qu'il fixe la référence contre laquelle tout le reste se compare.

Les travailleurs exposés du nucléaire font l'objet d'un suivi dosimétrique individuel, et leurs doses professionnelles sont systématiquement discutées, en interne comme en public, par rapport à l'exposition du public. Quand la moyenne nationale passe de 4,5 à 7,1 mSv, tous ces termes de comparaison bougent d'un coup, sans qu'aucune dose professionnelle n'ait changé.

C'est le genre de déplacement qui se produit silencieusement et qui ressort deux ans plus tard dans une réunion, une note ou un débat public, en général mal interprété. Autant savoir d'où il vient.

Source : ASNR, « Bilan de l'exposition de la population française aux rayonnements ionisants », période 2020-2024, publié le 5 octobre 2026. Le bilan national est actualisé tous les cinq ans.

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